Nahman Shai vient de publier sa thèse dans laquelle il analyse la nature de la communication israélienne officielle et ses récents échecs
nachman-shai

Nahman Shai (photo: Moshe Shai)

La communication gouvernementale est depassée

PUBLISHED IN Israel Hayom  |  Jul 9, 10

Une des premières personnes à avoir reçu la thèse de doctorat de Nahman Shai, était Benjamin Netannyahou. Shay a décidé de se rendre personnellement dans les bureaux du Premier Ministre pour lui remettre en mains propres, ce document de 500 pages et dans lequel il analyse de façon très précise, la nature de la communication israélienne officielle. Cette décision tient peut-être au fait que la connaissance entre les deux hommes remonte à l’époque où tous deux étaient en poste à l’ambassade israélienne à Washington ou alors relève-t-elle du fait que Netannyahou est loin d’être un néophyte dans le domaine des média.

La rencontre entre les deux hommes s’est déroulée au début du mois de mars de cette année, et à cette période, le vice-président américain, Jo Biden, était en visite officielle en Israël. Ces deux éminents porte- paroles israéliens étaient plongés dans une discussion de fond touchant au statut international de la politique israélienne, quand soudain Nir Hefetz fit irruption dans le bureau où ils étaient réunis. Hefetz, qui occupe la fonction de responsable de la communication officielle israélienne, venait les informer d’une nouvelle qui venait de paraître sur internet concernant des permis de construire 1600 nouveaux appartements dans la partie Est de Jérusalem. Netannyahou n’avait pas été tenu au courant de cette information avant cela, et durant les jours suivants, il eut fort à faire, tant sur le plan de sa coalition que dans le domaine diplomatique, pour tâcher d’apaiser les esprits qui s’étaient enflammés à la suite de cette information.

“Nous voilà au cœur du problème”, lui dis-je à cette occasion. Lui, en tant que chef de l’exécutif, ne savait pas à l’avance qu’une information avec de telles retombées internationales, allait tomber et personne dans son entourage n’était en charge des conséquences publiques de sa politique”. Là encore, comme d’habitude, se mit en marche le rituel des condamnations par la communauté internationale, puis les appels aux sanctions et au boycott d’Israël, et ce sont précisément les phénomènes que j’étudie depuis ces 5 dernières années.

Pas plus de 2 mois et demi plus tard, une flottille turque comptant 7 bâtiments mettait le cap sur Gaza et là encore Nahman Shay eut confirmation à quel point son travail de recherche était d’actualité : “La flottille représente en miniature, l’essentiel des problèmes de ce que j’appelle la diplomatie publique israélienne et que nous désignons de façon erronée par les termes de”communication officielle”, nous dit Shay. “De plus, autour de la flottille se trouvent réunis toutes les composantes de la nouvelle guerre qui est en train de se livrer et dans laquelle nous essuyons échec après échec”

D’une part, nous avons assisté à un affrontement entre civils et militaires et ce genre de situation tourne pratiquement toujours en faveur des civils, ils apparaissent comme étant en situation de faiblesse, tandis que l’armée est perçue comme une force puissante et redoutable. De plus, l’affrontement opposait une force étatique à une ONG (l’organisation turque IHH) et il faut reconnaître que les ONG ont acquis ces dernières années un pouvoir qui tend à contrebalancer l’autorité des états. Rajoutez à cela le défi que représentent les nouvelles technologies. Tsahal, à l’image de toutes les armées du monde, tient à occulter autant que possible ce qui se passe sur le front, il voudrait garder le contrôle de la publication des informations, pour ce qui concerne le timing ainsi que le moyen de publication, mais les téléphones portables et les téléphones satellites ont remporté la victoire et l’information a été divulguée par ces moyens.

Nous sommes impliqués à présent dans un conflit de type nouveau mais dont les enjeux ne sont pas moindres que ceux des conflits passés. Dans cette nouvelle donne l’affrontement ne se confine pas à une aire qui aurait été choisie, qu’il s’agisse d’un débat politique à l’ONU ou d’un raid militaire sur le front. A présent, tous les fronts se touchent, là il est question de boycott économique, ailleurs, c’est la Suède et la Grande Bretagne qui votent un boycott universitaire et commercial, à cela se greffent des questions de droit international, et des requêtes exigeant d’Israël de nommer des commissions d’enquête, et tout cela s’emmêle.

- Que convient-il alors de faire ?

- Tout d’abord il faut prendre conscience qu’un tel événement va avoir des retombées complexes et durables, et il faut tâcher de les prévoir autant que possible. Lors de la préparation des plans d’abordage de la flottille, il manquait un intervenant qui aurait dû dire: en cas d’échec de l’arraisonnement, nous allons être condamnés à Genève, nous nous exposons à des sanctions économiques, les dockers suédois refuseront de décharger des marchandises israéliennes, les universitaires anglais vont nous boycotter, etc…C’est une guerre d’un genre nouveau, et nous ne pouvons pas nous contenter de “communiqués officiels”, il faut mettre en place ce que j’appelle une “diplomatie publique.”

Les communiqués officiels ne viennent que par la suite et peuvent expliquer le pourquoi de la politique qui a été adoptée, pour le moment il nous faut un outil de type nouveau qui prenne en compte le fait que nos interventions ont obligatoirement des retombées publiques, qui peuvent avoir un impact plus grand que l’opération militaire elle-même. Pour reprendre l’exemple de la flottille, on a réussi à arraisonner les navires et en même temps, nous avons eu à faire face à un fiasco sur la scène publique internationale. La lutte pour l’image d’Israël est un combat stratégique et il est indispensable d’intégrer cette donnée à un stade très précoce des préparatifs des opérations militaires.

Diplomatie publique

À bord du bâtiment turque Mavi Marmara (photo: IDF)

À bord du bâtiment turque Mavi Marmara (photo: IDF)

Nahman Shay, a 62 ans, il habite à Mevasseret Yerushalaym, une banlieue résidentielle proche de Jérusalem et est député à la Knesset, où il représente le parti Kadimah. Il a occupé de nombreux postes dans presque tous les domaines de l’information : reporter à la radio et à la télévision, porte parole de l’ambassade israélienne à Washington, conseiller en communication des ministres de la Défense Moshe Arens et Ytshak Rabin, Directeur de la chaîne de radio de l’armée, porte-parole de Tsahal, Président de la 2ème Chaîne de télévision, Président de l’Autorité Israélienne de Diffusion, et cette liste est loin d’être exhaustive, et il a donc lui-même occupé des postes très importants dans le domaine de la diplomatie publique d’Israël. De par ces fonctions, il est certainement le chercheur le plus apte à analyser la portée internationale de la politique israélienne. Il est tout à fait surprenant que la thèse, qu’il mène sous la direction du Professeur Eytan Gilboa de l’Université de Bar-Ilan., soit la première étude consacrée à ce domaine.

Dans un premier temps, Shay a tenté d’analyser les réactions officielles de l’exécutif israélien face à un certain nombre de situations lors des 10 dernières années, en s’appuyant sur les protocoles des conseils des ministres et des réunions de l’Etat Major, mais ces documents sont classés “Secret Défense” et ce, pour de longues années encore. Il ne restait à Shay d’autre recours que de faire appel à ses nombreuses relations tant dans le domaine civil que militaire. Il s’est entretenu avec 250 personnes de la classe dirigeante, parmi lesquels figurent Shimon Pérès, Ehud Barak, les différents chefs des Services de Renseignements, d’éminents commentateurs militaires ainsi que des journalistes renommés. Son bureau croule sous le poids des documents et des livres qu’il a consultés, ainsi que des coupures de journaux, des textes d’entretiens et de nombreux autres documents. A travers toutes ces pièces, il a tenté de reconstituer les réunions des conseils des ministres, les décisions qui ont été prises, et en fin de compte, les conséquences de ces décisions qui concernent un certain nombre d’épisodes notoires de ces dernières années, comme par exemple, l’affaire Mohamad A-Dura, le lynchage de Ramallah, la 1ère Conférence de Durban, l’Opération “Mur de Protection” (entre mars et mai 2002 à la suite d’une vaste vague d’attentats terroristes).

Les entretiens confèrent au travail un aspect personnel qui est particulièrement intéressant et Shay s’engage à élargir cet aspect de son travail dans le cadre de l’ouvrage qu’il a l’intention de publier à la suite de sa thèse. En interviewant Gad Baltiansky qui était, au moment du lynchage de Ramallah, le conseiller en communication d’Ehud Barak, il a appris par exemple, que ce dernier s’est abstenu de s’entretenir au téléphone avec le Président Clinton durant plusieurs heures, de peur que celui-ci mette son veto à des représailles israéliennes. Une interview avec l’ex porte-parole de l’armée, Ron Kitry, lui révéla que celui-ci ne fut pas tenu au courant des préparatifs de l’opération “Mur de Protection”. Le Général Giora Eiland, qui au début de la 2ème Intifada était le Chef des Opérations, a reconnu avoir eu tort de reconnaître la responsabilité de Tsahal dans la mort de Mohamad A-Dura, et l’on sait que cette mort a été une des causes de cette révolte. Dans le même contexte, Ehud Barak a affirmé qu’il fallait faire la lumière sur la responsabilité quant à la mort de cet enfant.

-Avez-vous trouvé un point commun à tous les événements que vous avez analysés?

- Dans tous ces événements, on retrouve une partie du scénario qui s’est déroulé avec la flottille : les faits en eux-mêmes ont été très brefs, on a tenté immédiatement de faire porter à Israël la responsabilité de ces faits, la réaction israélienne a été trop tardive et durant ce laps de temps le récit tronqué a pris force de vérité, notamment sur internet et à partir de là, il est très difficile, voire impossible de rétablir la vérité.

Pour ce qui est de l’affaire A-Dura, Israël a endossé la responsabilité trop vite et sur la base d’éléments très partiels, et je suis d’avis qu’Israël n’est pas responsable de cette mort. Durant les opérations militaires à Jénine, il y a eu une tentative de ne laisser filtrer aucune information, notamment en interdisant l’accès à tous les journalistes, mais en fait les Palestiniens étaient en mesure de transmettre des infos, d’où problème….et durant de longues heures, les seules sources qui ont alimenté les média étaient d’origine arabe. J’ai eu moi-même à faire face à ce même problème durant la 1ère Intifada, les Palestiniens avaient à l’époque, réussi à avoir les bonnes grâces de la presse, ils émettaient leurs propres communiqués et s’étaient liés d’amitié avec des reporters étrangers.

La rapidité avec laquelle on réagit à un événement est un facteur crucial, et il faut tâcher d’être les premiers à le faire. Chez nous, l’information remonte de façon hiérarchique, de l’unité sur le terrain en passant par les différents niveaux de commandement jusqu’à ce quelle arrive finalement au porte-parole de l’armée, il y a de quoi perdre patience….Lorsque je remplissais le rôle de porte-parole de l’armée, il m’est arrivé de devoir répondre à une question que me posait le matin de bonne heure, un journaliste de l’agence A.P, concernant la mort d’un ou plusieurs Palestiniens qui auraient été tués à 4h du matin près d’un barrage de l’armée. Ma réponse consistait à dire “Nous allons vérifier” ce à quoi il me rétorquait qu’il n’attendrait pas le résultat de mon enquête mais qu’il allait publier l’information sans délai.

A présent, il est clair pour beaucoup de gens que la flottille turque n’avait rien de pacifique, et qu’ils étaient au contraire, bien déterminés à un affrontement violent, et peut-être aurions nous pu anticiper cette information et faire connaître cela avant l’arraisonnement.

Le talon d’Achille du côté israélien est lié à l’absence de plan stratégique, ainsi qu’au fait que personne ne se rend compte des répercussions globales d’une situation donnée, dans le domaine que j’ai appelé la “diplomatie publique”. Nahman Shay veille à faire une différence très nette entre la diplomatie classique et celle qu’il nomme ‘publique’.
Si, par le passé, les diplomates avaient pour interlocuteurs les ministres des Affaires Etrangères et les chefs d’Etats étrangers, la lutte actuelle contre Israël vise à porter atteinte à son image dans le public, tant par des voies économiques que juridiques ou culturelles, il faut donc s’adresser à l’audience la plus vaste possible, et ne pas s’en tenir aux élites dirigeantes, comme par le passé.

- Est-il possible que nous soyons trop vulnérables par rapport à notre image à l’étranger? Peut-on dire que nos complexes, fruit de notre long exil, font que nous voudrions trouver grâce aux yeux du monde entier?

- L’Etat d’Israël ne peut pas exister sans le soutien de la communauté internationale, car nous formons une petite entité, isolée et dont l’existence n’est pas admise comme allant de soi. Nous sommes en conflit avec nos voisins, ce conflit dure depuis des générations, nous sommes l’état le plus menacé du monde. Tout ceci implique que nos réactions soient bien pesées. Nos exportations atteignent la somme de 40 milliards de dollars par an, il va de soi que nos relations avec l’étranger sont fondamentales. Je ne pense pas qu’il faille voir là une résurgence des peurs archaïques des juifs en diaspora. La coexistence avec la communauté internationale est fondamentale, nous ne sommes pas la Corée du Nord.

- On entend des voix qui disent que le problème d’Israël ne réside pas dans la communication mais dans sa politique qui est simplement indéfendable.

- La situation est loin d’être simple et on ne peut certes pas faire abstraction du conflit, mais selon moi, et sans minimiser les efforts déployés pour le résoudre, il faut créer une vague de sympathie envers Israël. Nous ne pouvons pas nous permettre de porter atteinte à notre “force faible”. Si l’opinion mondiale ne nous reconnaît plus comme une démocratie, comme un état qui respecte les Droits de l’Homme, cela portera atteinte à cette force faible. Les considérations d’ordre sécuritaire peuvent être ancrées dans un contexte de déontologie. Prenons par exemple le droit à l’autodéfense ou à l’autodétermination ou encore notre rapport à l’histoire de notre peuple qui fait l’objet de remises en question si douloureuses. Le passé historique aussi représente une valeur en soi et la sécurité ne se réduit pas à un nombre X de tanks et de canons.

Pool mondial de molécules

Le lynchage de deux Israëliens soldats de réserve à Ramallah

Le lynchage de deux Israëliens soldats de réserve à Ramallah

Cette thèse de doctorat ne se limite pas aux aspects théoriques de la question, mais elle comporte aussi des côtés opérationnels, surtout une recommandation de centraliser tous les aspects de la diplomatie publique entre les mains d’un organisme unique qui serait le conseiller du Premier Ministre dans ce domaine. “Il existe bien, dans le cadre du Ministère des Affaires Etrangères, ainsi que dans le Bureau du Premier Ministre une structure qui est en charge des aspects de la diplomatie publique mais son efficacité laisse à désirer. Après la 2ème guerre du Liban a été créé, dans le cadre du Cabinet du Premier Ministre, un organisme en charge de la communication au niveau gouvernemental, mais son mandat n’est pas assez large, il n’a qu’une vocation de conseil et n’a pas de fonction directive ou exécutive. Ce qui en résulte, est que cet organisme peut donner les recommandations qu’il juge opportunes, cela n’empêche pas tous les autres intervenants à n’en faire qu’à leur tête. Tout cela manque de coordination.

“En fait, on a simplement nommé le responsable personnel de la communication du Premier Ministre et on l’a mis à la tête d’une structure gouvernementale. De par la nature des choses, il accompagne les démarches du Premier Ministre. Je voudrais simplement rappeler ici que 48h avant que n’éclate l’affaire de la flottille, les manchettes des journaux étaient consacrées à la taille du lit dont disposerait le Premier Ministre durant son vol vers le Canada. Je me pose donc la question de savoir, qui, en ces jours-là, se préoccupait de la diplomatie publique d’Israël ? Le Directeur de la fonction gouvernementale de Communication doit bien sûr, être proche du Premier Ministre et être en bons termes avec lui, mais il doit aussi être affranchi des préoccupations quotidiennes de ce dernier. Le modèle que je conçois devrait s’inspirer du Conseil National de Sécurité américain, ayant une fonction de consultative en matière de diplomatie publique auprès du Cabinet du Premier Ministre, et en tant que tel, il prendrait part à toutes les réunions et à tous les débats.

Lors de l’élaboration de plans opérationnels pour une intervention militaire, il devra évaluer les retombées en termes de diplomatie publique. Pour reprendre l’exemple de la flottille il devra dire quelles seront les implications liées au fait que l’arraisonnement aura lieu à 100 km des côtes, en dehors des eaux territoriales, et donc que cela pourrait être assimilé à un acte de piraterie. Il n’est pas exclu que le Commandant de la Marine lui objecte qu’une telle opération n’est pas envisageable à proximité des côtes, car elle engendrerait des dangers supplémentaires, mais que bien sûr, il faut tenir compte de ces éléments. Il est indispensable que lors de ces débats, quelqu’un mette en lumière ces aspects des décisions qui vont être prises, exactement de la même manière qu’un conseiller juridique accompagne ces mêmes réunions.

“Yuri Edelstein, le Ministre de l’Information et Nir Hefetz, le Directeur de la Communication Gouvernementale, se trouvaient au Canada, où ils accompagnaient Netannyahou. Ils n’étaient pas au courant de ce qui allait se passer, et ne disposaient que d’informations partielles, alors qu’ils auraient du se trouver avec les officiers qui géraient le déroulement des opérations. Bref, il faut rassembler tous ces éléments au sein d’une seule fonction pour être en mesure d’apprécier correctement la situation. Si on essaie de répondre à la question de savoir qui a pris en compte tous ces éléments autour de l’affaire de la flottille, on n’est pas en mesure de fournir une réponse satisfaisante, et les conséquences de l’affaire renforcent mon opinion que ce travail n’a pas été fait.”

- Vous proposez de constituer ce que vous appelez un “pool mondial de molécules”. Expliquez nous ce que vous entendez par la?

- Voilà de quoi il s’agit: partout où cela est possible, je préconise de créer un réseau d’individus ou d’organisations qui sont favorables à Israël, voila ce que j’appelle une molécule, et toutes ces molécules ensemble constituent un organisme qui constituerait le cadre de la diplomatie publique. Prenons l’exemple d’un homme d’affaires vivant à Hong Kong et qui aurait des relations commerciales avec Israël et qui voudrait nous aider, sans, bien sûr, être une source officielle, toutes les cartes étant bien entendu sur la table. Il est très important qu’un tel homme puisse échanger ses vues avec ses collègues locaux ou avec les universitaires de son entourage, qui, peut-être, sont influencés par une propagande anti-israélienne.

Il n’est certes pas question que le gouvernement soit à l’origine de cette initiative, et il ne saurait en aucun cas être question que l’Etat soutienne un réseau de quelques milliers de ces molécules, ceci doit être une initiative purement civile, qui doit agir en collaboration avec les ONG et avec les leaders religieux locaux.

Si Israël intercepte une flottille à 4h du matin, cette personne devrait recevoir dès 7h le jour même, un courriel sur son Blackberry où serait exposée la position israélienne, quels sont les tenants et les aboutissants de l’incident. Il se chargera de transmettre ce message à ses contacts et il devient donc une source d’information locale pour ce qui concerne Israël. Il est impossible que le Ministère des Affaires Etrangères soit en charge d’un tel projet. De nos jours, l’information n’émane plus du haut, elle circule de façon horizontale. Pour affronter la multitude des sources, il faut réagir de même.

- Est-ce un problème de ressources?

- Il est bien sûr préférable de bénéficier de gros budgets. Lors d’une rencontre avec des députés européens favorables à la cause israélienne, un des membres de ce groupe s’est plaint à moi qu’il avait le plus grand mal à accéder à des informations émanant du côté israélien. Les média français, anglais ou arabes l’abreuvent de reportages, dans toutes les langues, mais du côté israélien, silence radio. Bien sûr que le lancement d’une chaîne de télévision coûte de l’argent mais cela est peu en regard du prix que nous payons de par son absence. Le fait que nous n’ayons pas de chaîne de télévision qui émette en arabe ou en anglais et qui puisse contrebalancer l’influence d’Al Jazira, est une anomalie flagrante. De plus nous avons arrêté d’émettre des émissions de radio en langue arabe, alors que celles-ci jouissaient d’une très large audience. Ces émissions ont été suspendues du fait que les antennes étaient à proximité d’une agglomération et ces antennes risquaient de poser un problème de santé, lié aux ondes électromagnétiques. Puis il a été question de déplacer ces antennes dans le Néguev, mais là elles risquaient de mettre en danger les oiseaux. Avec toute la sympathie que je peux avoir pour les volatiles, je voudrais qu’Israël puisse émettre de façon efficace.

- Ne s’agit-il pas d’un combat que nous aurions déjà perdu ?

- Je ne me suis pas lancé dans la politique pour constater des échecs, mais bien au contraire, pour faire bouger les choses. Je ne suis pas prêt à perdre espoir, et une grande partie de ces travers me sont familiers depuis longtemps. Ma première expérience dans ce domaine remonte en fait à 1979, au début de ma mission en tant que porte parole de la délégation israélienne à l’ONU. Il est arrivé plus d’une fois qu’à la suite d’accrochages en Israël, des journalistes me demandent ma réaction, et moi je n’étais au courant de rien. J’essaie de me renseigner et finalement, on me dit que oui, il s’est bien passé quelque chose la veille au soir au Liban et lorsque je continue à poser des questions, on me répond que Tsahal n’est pas prêt à fournir des précisions sur ce qui s’est passé. Non seulement on ne nous avait pas prévenu de ce qui allait se passer mais en plus je ne pouvais obtenir aucune information pertinente. Je me vis répondre que, comme je connaissais le secteur et que j’avais été en poste au Liban, les problèmes liés au terrorisme ça devait me connaître et que donc je devais être en mesure de réagir à cette nouvelle, et effectivement, c’est ce que je fis.

Le problème n’est pas lié aux qualités professionnelles des intervenants, c’est un problème structurel. Les leaders politiques sont dans l’obligation de coopérer, vu l’importance des enjeux.

Lorsqu’ arrivèrent les premières dépêches concernant des victimes de l’arraisonnement de la flottille turque, j’étais dans les studios de télé, il était 7h du matin et je me mis à vociférer et à dire à tout le monde qu’il fallait tirer tous les ambassadeurs israéliens hors de leur lit et les faire interviewer par les chaînes de télé pour que la position israélienne se fasse entendre également. Par la suite, plusieurs ambassadeurs en poste en Europe m’ont avoué qu’au moment où se déroulaient les événements, ils dormaient du sommeil du juste…Plus tard, ils se sont branchés sur Internet et ont préparé des fiches avec des éléments de réponses, en se basant sur les comptes-rendus qu’ils avaient lus. Cela semble-t-il logique?

(Traduction: Ilan Bloch)